Ce que les nouvelles règles du DPE changent pour les artisans
Sommaire
Le Cerema vient de publier un guide de référence pour les professionnels de la rénovation. Un document clair qui récapitule les réglementations en vigueur, les bonnes pratiques à suivre et les dernières évolutions introduites par les récentes versions du DPE et de l’audit énergétique. De quoi mieux anticiper les contraintes réglementaires à venir… et identifier les opportunités à saisir sur vos chantiers. On fait le tour du sujet !
🔎 Qui est derrière ce guide ? Le Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement) est un établissement public qui accompagne l’État et les collectivités territoriales dans les politiques publiques d’aménagement et de transport, en leur apportant expertise technique et ingénierie.
Les nouvelles obligations à anticiper pour les chantiers
Depuis une dizaine d’années, différentes lois ont renforcé la place des audits et des DPE notamment lors des ventes immobilières.
Au fil des années, l’audit énergétique est devenu obligatoire pour de plus en plus de logements :
- Depuis le 1er janvier 2023 : il était devenu obligatoire pour les logements F et G avant vente.
- Depuis le 1er janvier 2025 : l’obligation a été étendue aux logements classés E.
Qu’est ce que ça change pour vous ? De plus en plus de clients disposent d’un audit avant d’engager des travaux. Le rapport d’audit peut donc être une bonne base de discussions pour affiner le projet de travaux.
La prochaine échéance concernant audit et DPE est plus lointaine : les logements classés D ne seront concernés qu’à partir de janvier 2034.
Les scénarios types à connaître pour la rénovation globale
Comme le rappelle le guide du Cerema, un des objectifs de l’audit énergétique est de promouvoir la rénovation globale qui consiste à revoir tous les paramètres (isolation, ventilation, chauffage et ECS) du logement.
Avec une rénovation complète, les propriétaires bénéficient d’un confort totalement renouvelé, d’une valorisation de leur bien immobilier et de factures énergétiques durablement réduites. Néanmoins, la rénovation globale peut inquiéter vos interlocuteurs, souvent pour des raisons économiques mais aussi de durée de travaux, de charge administrative, etc.
C’est pour cela que chaque audit énergétique doit désormais proposer deux scénarios différents :
- Le scénario 1 décrit une rénovation globale en une seule phase pour atteindre une classe A ou B.
Le scénario 2 détaille une rénovation par étapes avec un enchaînement logique des travaux
Dans les deux cas, et plus particulièrement dans le deuxième, le bon enchaînement des travaux est critique. Concrètement, les travaux d’isolation doivent être réalisés en priorité, avant l’installation d’un chauffage performant. Sinon, on risque de surdimensionner les systèmes de chauffage si l’isolation est réalisée après.
Vous l’avez compris, l’ordonnancement des travaux et leur bonne articulation sont des points clés de la réussite d’une rénovation par étapes. Et vous avez un rôle important à jouer pour les expliquer à vos clients.
📝 Ventilation : le maillon à ne pas oublier !
Si les particuliers pensent spontanément aux travaux d’isolation et de chauffage, ils oublient parfois que la ventilation joue un rôle indispensable dans un logement ! En effet, la mise en place d’une bonne isolation sans traiter la ventilation, fait courir le risque de condensation et moisissures. Il est donc nécessaire de faire preuve de pédagogie sur la nécessité de revoir aussi la ventilation dans une démarche de rénovation.
Les nouvelles exigences pour les travaux d’isolation et de menuiseries
Si aucun changement majeur n’intervient en 2025 dans la structure des audits et des diagnostics, chaque année apporte quand même son lot de modifications.
Depuis le 1er janvier 2025, les seuils techniques pour être éligible aux aides publiques ont ainsi été revus à la hausse dans l’isolation thermique.
En 2025, le guide du Cerema indique que les niveaux minimaux requis pour bénéficier de MaPrimeRénov’ et des CEE sont désormais les suivants :
- Murs par l’intérieur : R ≥ 3,7 m².K/W
- Murs par l’extérieur : R ≥ 4,4 m².K/W
- Rampants de toiture : R ≥ 6 m².K/W
Planchers bas : R ≥ 3 m².K/W
Pour les menuiseries aussi, les seuils techniques pour l'éligibilité aux aides publiques ont également été revus au 1er janvier 2025. Désormais, pour bénéficier des aides, les fenêtres doivent atteindre la performance minimale suivante :
- Fenêtres standard : Uw ≤ 1,3 W/m².K et Sw ≥ 0,3
- Fenêtres de toit : Uw ≤ 1,5 W/m².K
Double fenêtre (devant une existante) : Uw ≤ 1,8 W/m².K
🔎 Le cas particulier des bâtiments anciens et patrimoniaux
Les matériaux utilisés pour la construction des maisons avant 1948 ou dans certaines zones géographiques ne permettent pas d’appliquer les mêmes règles que pour le reste du bâti. En effet, la perméabilité des matériaux ou l’intérêt patrimonial exige un traitement particulier avec notamment :
• L’utilisation de matériaux adaptés : isolants capillaires et perspirants (ex. : biosourcés, enduits à la chaux).
• La prise en compte des contraintes en zones protégées : l’isolation par l’extérieur peut être interdite.
Les nouvelles contraintes pour les chauffages et pompes à chaleur
Sans surprise, le domaine du chauffage est le principal outil pour décarboner les bâtiments existants.
La réglementation s’avère donc de plus en plus contraignante pour les chauffages polluants comme ceux fonctionnant au fioul et gaz. Ainsi, depuis 2022, les équipements émettant plus de 300 gCO₂/kWh PCI sont tout bonnement interdits.
En parallèle, l’installation de pompes à chaleur est fortement encouragée… mais à condition de respecter certains points d’attention. Les avantages de la pompe à chaleur (économique à l’usage, aidée à l’achat, écologique, etc) ne doivent pas faire perdre de vue les cas particuliers moins pertinents :
- Lorsque le logement n’est pas encore bien isolée
- Lorsque le règlement de la copropriété ne le permet pas
Lorsque l’espace extérieur ne permet pas d’installer le module extérieur dans des bonnes conditions
Dans tous les cas, en tant que pro de la rénovation, vous avez un rôle important pour conseiller le type de pompes à chaleur la plus adaptée (en fonction de la région, de la taille du logement, des autres modes de chauffage disponibles, de l’installation d’eau chaude).
Le bon dimensionnement de l’équipement retenu est aussi crucial pour éviter des surcoûts inutiles qui apporteraient de la déception sur les économies attendues.
Le guide du Cerema souligne donc qu’en 2025, le SCOP (coefficient de performance saisonnier) minimum requis dépend des zones géographiques et du type de technologie :
- PAC air/eau : 2,8 (zones H1 et H2) – 3,2 (zone H3)
- PAC eau/eau : 3,0 (zones H1 et H2) – 3,5 (zone H3)
Les nouvelles attentes pour la ventilation et le confort d’été
La ventilation n’est pas concernée par des changements techniques ou réglementaires. En revanche, le guide du Cerema rappelle la nécessité de coupler les travaux d’étanchéité de l’air et d’isolation à l’installation d’une ventilation mécanique, au risque d’introduire ou d'aggraver des problèmes d'humidité sinon. Nul doute que vos conseils en ce sens seront appréciés par vos interlocuteurs !
Autre sujet qui suscite de plus en plus d’attentes et de questions : le confort d’été, c'est-à-dire le maintien d’une température la plus fraîche possible pendant les périodes de fortes chaleurs.
Il ne prend pas en compte le « refroidissement actif » (par la climatisation), mais plutôt la capacité du logement à garder sa fraîcheur par l’isolation thermique, la présence de protections solaires (volets, etc.), la présence de brasseurs d’air et l’emplacement des fenêtres.
L’intégration des travaux de confort d’été au périmètre des travaux éligibles à MaPrimeRénov’ Rénovation d’ampleur en 2024 a enfin permis de mettre ce type de travaux sous le feu des projecteurs.
C’est pour cela que le confort d'été est désormais pris en compte dans le DPE en 2025, à travers un indicateur relativement basique mais qui permet de mettre en évidence les forces et les faiblesses du logement pendant la période estivale.
Vous pouvez donc proposer des travaux qui amélioreront le confort en été… et le DPE concernant :
- Une isolation adaptée au déphasage thermique.
- Des protections solaires extérieures.
- L’installation de brasseurs d’air (ventilateurs de plafond)
Se démarquer grâce à une bonne maîtrise du cadre réglementaire
Loin de représenter uniquement des contraintes pour votre activité, toutes ces évolutions représentent une opportunité pour vous…. à condition de bien les maîtriser !
Le fait que les logements soient de plus en plus nombreux à disposer d’un audit énergétique crée de l’intérêt pour les travaux d'amélioration énergétique. Pour profiter pleinement de cet intérêt, vous avez la nécessité de proposer et de réaliser des travaux conformes aux critères des aides publiques.
Et c’est le fait d’être bien informé sur les nouvelles réglementations qui fera la différence : vous pourrez vous démarquer de la concurrence en apportant conseils et explications aux propriétaires.
En un mot, ce guide est un très bon support pour les diagnostiqueurs et auditeurs, et plus généralement pour les pros de la rénovation : il regroupe les nouveautés, les règles à venir et des rappels utiles.
N'hésitez pas à télécharger le guide pour lire le document en entier.